L’art est partout. Entretien avec la diplômée et artiste Xenia RAW

Bonjour à tous ! Bienvenue dans le numéro 5 de #ourstudents — une série d’entretiens dans laquelle nos participants parlent d’eux-mêmes et de leur art.
L’invitée de ce numéro est l’artiste Xenia RAW, qui nous parle de son travail et de la façon dont elle initie son fils Ernest à la création artistique.
Pouvez-vous nous parler de votre art ?
En étudiant les dystopies, je suis arrivée à la conclusion que ce qui nous garde humains, c’est l’erreur humaine. Je peins mes muses « numériques » — des personnes qui n’ont jamais vécu et qui n’ont même pas été imaginées par un humain, mais par l’intelligence artificielle. Elles incarnent le mieux la personne numérisée, celle que l’on regarde à travers le prisme des statistiques, de l’économie et des ressources.
Je prends l’image d’une erreur numérique, d’un glitch, et je la brode soigneusement au fil et aux perles sur des portraits à l’huile. La peinture crée un sentiment de distance, de quelque chose d’inaccessible, tandis que la broderie donne envie de toucher. Elle incarne à la fois l’inviolabilité du corps humain et la valeur de le toucher…
Comment donner à un enfant le goût de l’art ?
Aidez-le à voir que l’art est partout. Encouragez tout ce qui est créatif. Quand mon fils avait deux ans, il a versé sa purée pour bébé sur la table et s’est mis à dessiner dans la flaque avec son doigt. Plutôt que de penser au désordre, ou au fait qu’on ne joue pas avec la nourriture, pensez que l’enfant observe son doigt se déplacer dans la purée ou le riz, laissant des traits qui laissent apparaître la table en dessous. C’est beau — le processus lui-même et sa fascination pour celui-ci.
Un jour, Ernest a installé l’étendoir à linge dans le couloir et s’est mis à sauter dessus. Quand je lui ai demandé ce qu’il faisait, il a dit qu’il faisait de la musique. J’ai reconnu que ça sonnait bien, et je me suis assise à côté de lui juste pour écouter. Les différentes parties de l’étendoir s’entrechoquaient avec des sons différents, et cela le fascinait.
Dès qu’un enfant sent que l’art peut naître de n’importe quoi, que l’ingrédient principal est la curiosité, que c’est une façon de se connaître, de communiquer et d’attirer l’attention, et qu’il y a là une grande liberté — il est conquis.
Et bien sûr, les adultes doivent montrer un intérêt sincère pour ce qui a précisément attiré l’attention de l’enfant dans une action, un dessin, etc. Cela compte énormément pour les enfants !
Créez-vous des choses ensemble ?
Pas vraiment ensemble — plutôt côte à côte. Chacun fait sa propre chose. C’est une leçon de limites personnelles. Mais il arrive qu’Ernest fasse une remarque que j’aime, et j’intègre alors son idée dans mon travail. Ou pas, et il sait qu’il n’y a pas de raison d’être contrarié, car parfois lui non plus n’aime pas mes idées. C’est normal.
Bien que parfois, dans un avion ou un train, nous dessinions une image à tour de rôle. Il a dessiné un immense cœur bleu, j’ai ajouté un transat et un parasol à côté, il a rempli le cœur d’un quadrillage, j’ai ajouté une échelle — et voilà une piscine en forme de cœur.
Comment trouvez-vous le temps ?
Quand on a un enfant, la question la plus pressante est plutôt de savoir comment trouver du temps pour soi. Votre enfant reçoit déjà énormément de votre temps chaque jour. Ce qu’il reste à choisir, c’est la qualité de ce temps — et vous pouvez choisir de le rendre créatif.
Comment jonglez-vous avec tout cela sans vous épuiser ?
On n’y arrive pas. On arrête simplement de s’en inquiéter. Et on délègue autant que possible.
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