L’accrochage d’une exposition : de quoi s’agit-il et comment penser la présentation de vos œuvres ?

L’exposition, c’est l’événement et le projet dans son ensemble ; l’accrochage, c’est la manière dont les œuvres sont disposées dans l’espace. Le commissaire d’exposition et l’artiste décident ensemble de ce que sera cette présentation. Cela se passe sur les stands des foires, dans les galeries, souvent dans les musées.
Dans un cas, un white cube nous suffit ; dans un autre, il faut chercher un lieu doté d’un caractère propre, qui présentera l’œuvre de façon plus intéressante. Parfois, la nécessité même de montrer une pièce d’une certaine manière pousse l’artiste à laisser le tableau déborder de ses propres limites.
Exposition et accrochage, ce n’est pas la même chose
Quand nous parlons d’exposition, nous pensons au projet tout entier. L’accrochage désigne précisément la façon dont les œuvres existent à l’intérieur de l’espace choisi et dont le spectateur les rencontre.
J’aime distinguer ici deux situations. Il y a l’accrochage simplement réussi, et il y a l’accrochage qui donne une autre lecture de l’œuvre d’art.
Dans le premier cas, le commissaire peut disposer les œuvres avec justesse, de façon régulière et rythmée. Elles fonctionnent bien ensemble, chacune a assez d’air, le spectateur circule aisément dans la salle. Dans le second, la manière de montrer ajoute à l’œuvre un niveau de perception supplémentaire. La pièce se lit autrement précisément grâce à l’espace.
C’est pourquoi la tâche du commissaire et de l’artiste ne se réduit pas à trouver un mur libre. Le commissaire travaille avec l’espace et y répartit l’art selon la logique du lieu.
Pourquoi le white cube change la perception d’une œuvre

Le white cube est conçu de telle sorte que presque toute l’attention va à l’art. Les murs blancs, l’espace libre autour de l’œuvre, l’absence de bruit visuel superflu créent une certaine distance entre la pièce et le spectateur.
Prenons une œuvre graphique. Accrochée à touche-touche dans une boutique d’art, elle se trouve au milieu d’une multitude d’autres pièces. Si l’on laisse cette même œuvre seule sur un grand mur vide, on s’en approche et l’on perçoit déjà autrement son importance.
En réalité, c’est un effet purement psychologique qui joue ici. L’œuvre elle-même est restée la même ; ce qui a changé, c’est l’espace autour d’elle et, avec lui, notre perception.
C’est pourquoi le white cube convient bien à l’art contemporain. Il instaure d’emblée une certaine manière de rencontrer l’œuvre. Mais l’artiste et le commissaire n’ont pas toujours besoin d’un cube blanc.
Quand l’espace fait partie du propos
L’art contemporain est sorti depuis longtemps des lieux qui lui sont spécialement réservés. Une exposition peut se tenir dans un espace industriel abandonné, si les œuvres s’y mettent à fonctionner autrement et si le lieu lui-même est lié au parti pris curatorial.
D’ailleurs, monter une telle exposition au niveau d’un art contemporain de haute tenue est nettement plus difficile que de réaliser un accrochage dans un white cube. Le cube blanc possède déjà une logique claire. Dans un espace au caractère affirmé, il faut se demander comment l’art va dialoguer avec lui et s’il ne risque pas de se perdre derrière l’architecture du lieu.
Parfois, le travail avec l’espace modifie aussi l’œuvre. L’artiste peut prolonger le tableau sur le mur, le faire sortir des limites de la toile. Pour une exposition, cet élément sera temporaire et disparaîtra à la fin du projet ; dans un autre cas, cette sortie hors du tableau peut peu à peu devenir un procédé propre à l’artiste.
Un lieu insolite ne règle donc rien à lui seul. Regardez plutôt si, grâce à lui, naît une autre expérience du contact avec l’art.
Faut-il montrer des vues d’exposition dans son portfolio ?

Je partirais ici d’un principe assez simple : une vue d’exposition doit dire de l’œuvre quelque chose que l’on ne verra pas sur une simple photographie de la pièce.
Si le commissaire a disposé des œuvres standard dans un white cube avec justesse et rythme, une telle image n’apportera, dans l’ensemble, aucune connaissance nouvelle à leur sujet. Montrer des vues d’exposition uniquement parce que l’artiste a eu une exposition n’est vraiment pas nécessaire.
La situation est différente pour la peinture de grand format. Une photographie prise dans la salle aide à comprendre l’échelle de l’œuvre et son rapport à une personne et à l’espace. Autre cas : une disposition inhabituelle et très intéressante d’une œuvre en plusieurs parties. Par exemple, un mur de 108 petites miniatures ne dit pas du tout la même chose de l’œuvre que la photographie d’une seule miniature isolée.
Pour les œuvres en volume et les installations, les vues d’exposition peuvent être encore plus nécessaires. Si le sens naît des relations entre les parties de l’œuvre et l’espace, la photographie aide à conserver cette expérience. Il est alors judicieux de l’accompagner du texte curatorial, des dates et des liens.
Ce que l’accrochage apporte à l’œuvre
Avant de montrer une œuvre, mieux vaut regarder non pas à quel point le lieu paraît insolite, mais ce qu’il fait à l’œuvre elle-même. Parfois, un white cube suffit. Parfois, l’œuvre a besoin d’un autre environnement, et parfois la manière de montrer oblige l’artiste à sortir des limites de la forme initiale.
L’accrochage devient ici une partie de la lecture de l’œuvre. Si le fait de retirer l’espace ou de changer la manière de montrer donne au spectateur une autre expérience, c’est que nous n’avons plus affaire à un fond neutre.
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