Comment faire un CV d’artiste : que mettre, comment présenter chaque ligne et quelles expositions citer

Le CV d’artiste est un document professionnel qui retrace le parcours vérifiable de son auteur : formation, expositions, résidences, prix, publications. Avec la biographie, le texte de démarche (artist statement) et le portfolio, il forme le dossier d’artiste, sans lequel aucune candidature ne se fait aujourd’hui, que ce soit auprès d’une galerie, en réponse à un appel à candidatures, pour une bourse ou pour une résidence.
C’est souvent là que les difficultés commencent. Certains ne voient pas ce qui distingue le CV de la biographie et reprennent le même texte à deux endroits. D’autres n’osent pas mentionner une exposition dans un petit lieu, qu’ils ne jugent pas assez sérieuse. D’autres encore, à l’inverse, y mettent tout sans trier, et le document perd en lisibilité. Tout cela se règle dès que l’on comprend la logique du document.
Reprenons dans l’ordre : à quoi sert le CV, de quelles rubriques il se compose, selon quel format s’écrit chaque ligne, ce qui compte comme publication et quelles erreurs entament le plus souvent la crédibilité d’un CV pourtant solide.
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Sommaire
- Le CV dans le dossier d’artiste : ce qui le distingue de la biographie et du texte de démarche
- Les rubriques du CV : que mettre et dans quel ordre
- Le format des entrées : comment rédiger les lignes d’exposition
- Les publications : ce qui compte et comment l’indiquer
- Les erreurs : ce qui entame la crédibilité d’un CV
Le CV dans le dossier d’artiste : ce qui le distingue de la biographie et du texte de démarche
Les trois textes du dossier remplissent trois fonctions différentes, et mieux vaut ne pas les confondre.
La biographie est un court paragraphe suivi, rédigé à la troisième personne : année et lieu de naissance, formation, lieu où vous vivez et travaillez. Elle se lit comme une présentation de la personne. Quant aux exigences qui concernent les œuvres elles-mêmes, elles sont détaillées dans l’article consacré au portfolio d’artiste.
Le texte de démarche expose votre position d’artiste : thèmes, méthode, médiums. Il explique de quoi parle votre art.
Le CV est une liste factuelle de vos réalisations, dans l’ordre chronologique inverse. Ni descriptions, ni jugements, ni épithètes : seulement l’année, l’événement, le lieu. C’est un document que l’on vérifie, pas un texte qu’on lit pour le plaisir.
Le dossier dans son ensemble a une mission : parler de vous de façon structurée et concrète quand vous n’êtes pas là. Un galeriste peut parcourir une candidature en déplacement, entre deux rendez-vous ; le fichier doit donc s’ouvrir immédiatement et se lire en quelques minutes. Un récit lyrique de dix mille signes joue ici contre son auteur.
Les rubriques du CV : que mettre et dans quel ordre
La structure standard se présente ainsi, et mieux vaut ne pas s’en écarter sans raison, car le document se lit selon un schéma auquel chacun est habitué.
- En-tête. Prénom et nom, année de naissance, ville, coordonnées, site et profils.
- Formation. Artistique, mais aussi dans un autre domaine si elle a un rapport avec votre pratique. Les cours et les écoles se mentionnent s’il s’agit de programmes reconnus, et non du moindre webinaire suivi.
- Expositions personnelles. Dans une rubrique à part, même s’il n’y en a qu’une.
- Expositions collectives. Si elles sont nombreuses, on écrit « Expositions collectives (sélection) » et l’on ne garde que les plus marquantes.
- Résidences. En précisant le lieu d’accueil et la ville.
- Foires. Nom de la foire, année, galerie ou collectif avec lequel vous y avez participé.
- Prix et bourses. Présélections comprises : figurer parmi les finalistes est aussi un résultat.
- Publications. Les textes qui parlent de vous et ceux que vous avez écrits.
- Collections. Collections de musées et d’entreprises, si vos œuvres y sont entrées. Les collections privées se mentionnent sans le nom de leurs propriétaires.
Les rubriques vides, on ne les écrit tout simplement pas. Un CV d’une page, avec cinq lignes honnêtes, convainc davantage qu’un CV étiré sur trois pages à force de formalités.
Le format des entrées : comment rédiger les lignes d’exposition
L’ordre est partout inversé : du présent vers le passé. Les événements récents viennent en premier, car ce sont eux qui disent où vous en êtes aujourd’hui.
Une ligne d’exposition se construit sur un modèle unique : année — titre entre guillemets — lieu — ville — commissaire. Par exemple : « 2023. “Mythe personnel”, galerie ArtDom, Moscou. Commissaire : Irina Sokolova ». Le commissaire est mentionné s’il y en avait un : c’est une information qui compte dans le milieu.
Que faire d’une exposition dans un lieu atypique. Un projet montré dans un atelier, un appartement, une cour ou dans la rue s’indique comme projet hors les murs (off-site). C’est un format tout à fait admis, qui porte un nom, et il n’y a aucune raison de le cacher. Si l’espace était le vôtre, vous pouvez lui donner un nom de convention : c’est ce que font de nombreux lieux autogérés par des artistes.
La cohérence compte plus que l’exhaustivité. Si le commissaire figure sur une ligne et pas sur une autre, si la ville est indiquée ici et absente là, le document donne l’impression d’avoir été assemblé à la hâte. Mieux vaut moins de champs, mais les mêmes sur toutes les lignes.
Les publications : ce qui compte et comment l’indiquer
Les artistes sous-estiment souvent la rubrique des publications, alors qu’elle montre que vous n’êtes plus seul à parler de votre travail.
Ce qui compte. Tout ce qui documente votre pratique dans une publication qui n’est pas la vôtre : critiques et comptes rendus, entretiens avec vous, articles de fond où figure votre commentaire, annonces d’exposition dans les médias, catalogues et éditions imprimées, textes de commissaires sur vos projets, vos propres articles et essais sur l’art.
Comment les noter. Année, auteur, titre de l’article, publication. Dans la version numérique du document, le lien peut être donné à part. Ici aussi, la chronologie inverse s’applique.
L’intérêt de cette rubrique est simple : elle donne de votre pratique une image plus ample qu’une liste d’expositions. Les textes montrent à quelle conversation vous prenez déjà part et comment votre art est lu de l’extérieur.
Les erreurs : ce qui entame la crédibilité d’un CV
- Le mélange des genres. Descriptions d’œuvres, épithètes et réflexions n’ont pas leur place dans un CV : le texte de démarche est là pour cela.
- Une présentation disparate. Des modèles de ligne différents au sein d’un même document passent pour de la négligence.
- L’embellissement. Une exposition collective présentée comme personnelle, ou une participation à une foire qui n’a jamais eu lieu, se vérifient en cinq minutes et ferment les portes pour longtemps.
- Tout énumérer. Chaque masterclass, chaque marché de créateurs ajouté à la liste dilue les lignes qui ont du poids.
- Une mise en page décorative. Aplats de couleur, polices inhabituelles et colonnes empêchent de trouver vite ce que l’on cherche. Un CV doit pouvoir se lire en diagonale.
- Un fichier périmé. Le CV se met à jour après chaque événement important, et non une heure avant l’envoi du dossier.
- Un seul document pour toutes les occasions. Pour une galerie, une bourse ou une résidence, les accents ne se placent pas de la même façon, et l’ordre des rubriques peut changer.
Dernière chose à garder en tête : un CV court n’est pas une condamnation. En début de parcours, il est court pour tout le monde. Il importe bien davantage que chaque ligne y soit honnête, présentée de façon homogène, et qu’elle témoigne d’un mouvement.
Ouvrez votre CV et regardez les trois premières lignes : que disent-elles de là où vous en êtes aujourd’hui ?